Cinécaméras...histoires de caméras...

"Familiarise-toi avec la caméra, puisque c'est le moyen par lequel tu veux t'exprimer" Erich Pommer à Fritz Lang, 1918.

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Ce sympathique opérateur qui accompagne ces pages "techniques" se contente de regarder la scène filmée... Comment a-t-il controlé son image?

Technique: la visée

On observera qu'il doit tenir son appareil avec l'autre main (la première actionne la manivelle!) et qu'il ne fait pas "corps" avec. L'histoire de la caméra montre une recherche pour faire "fusionner" l'opérateur (et spécialement son oeil) avec la machine.
Aujourd'hui, avec les appareils numériques légers (camescopes, smartphones...), ce n'est pas l'oeil qui "fait" l'image mais la main, tendue, éloignée du corps...

 

 

La visée idéale est celle où l'oeil de l'opérateur est parfaitement à la place de la fenêtre d'impression: l'opérateur fait ainsi corps avec son image. L'oeil est dans le prolongement de l'axe optique. Le problème semble anodin, mais est resté longtemps sans solution totalement satisfaisante...
Avec les premières caméras, il n'y avait pas de visée proprement dite. On regardait à travers la fenêtre d'impression, on chargeait le film, on fermait la caméra... Et l'on faisait comme notre opérateur ci-dessus!
Rapidement, la visée s'est faite à travers le film: ce dernier faisant office de verre dépoli sur lequel l'image se forme. Un prisme redresseur permettait de voir l'image "dans le bon sens" et seul un oeil bien exercé pouvait suivre la scène. Par la suite, les émulsions devenant plus denses, il était quasiment impossible de juger un cadre.
Pour pallier ces difficultés, très rapidement des viseurs ont été montés soit sur le dessus de l'appareil, soit sur le côté. Si ces solutions sont valables pour des sujets lointains, le cadre perd en précision dès que le sujet se rapproche: on parle de défaut de parallaxe. On peut facilement le constater soi-même en observant un objet rapproché et en fermant alternativement chaque oeil: l'objet est modifié en perspective.
Pour compenser ces défauts de parallaxe, les constructeurs ont imaginé des systèmes de corrections, parfois assez complexes.

 

 

La visée sur le film:
Comme esquissé ci-dessus, la visée à travers le film permet de délimiter très précisément le champ de la prise de vues et de vérifier la mise au point. Ce type de visée est réalisé grâce à une lunette grossissante. Celle-ci peut être disposée directement derrière le presseur de couloir de prise de vues (illustration ci-dessous), si aucun mécanisme ne s'y oppose; dans ce cas contraire, le presseur porte un prisme de renvoi. Cette visée n'est possible que si le film possède un minimum de translucidité. L'adoption de couches anti-halo a rendu cette visée quasi impossible. La visée de type "réflexe" est vite devenue incontournable.

 

 

 

 

La visée sur la Parvo Debrie (extrait de la brochure Debrie)

 

Les viseurs directs:
Les viseurs les plus simples sont des viseurs "collimateur" à cadre iconomètrique: simple rectangle en tôle ou fil d'acier associé à un oeilleton. L'oeilleton de visée peut être couplé à une lentille qui joue alors le rôle de loupe. Ces viseurs sont généralement disposés sur un côté ou au dessus de l'appareil.

 

 

 

Viseur iconométrique à gauche; viseur dit de "Newton"à droite (doc © Traité encyclopédique du cinéma 1937)

 

La visée réflexe:
Pour pallier le défaut de la visée à travers le film (cf. supra), il a été imaginé des dispositifs permettant de viser directement à travers la fenêtre de prise de vues. Mais cette visée ne pouvait se faire que pendant les arrêts de la caméra. Des systèmes mécaniques substituaient à la pellicule une lunette et son verre dépoli: c'est le cas de la caméra Parvo L. La caméra Mitchell NC fait glisser son bloc  mécanique "image" latéralement: lors de la prise de vues réelle, on cadre avec un viseur latéral.
La seule solution qui donne une visée précise est celle qui consiste à "prélever" une partie du faisceau lumineux formé par l'objectif et destiné à impressioner la pellicule. Pendant le temps d'obturation (c'est-à-dire au moment où la pellicule est en mouvement dans le couloir et ne reçoit donc pas de lumière) le faisceau lumineux est dirigé vers la visée, donc l'oeil de l'opérateur. Mécaniquement, il a suffi de placer un élément réfléchissant sur l'obturateur et un système de renvois optiques (prismes, miroirs, etc.). On trouve ce système sur le Caméflex.
L'intermittence ne semble pas une gène et permet même de se rendre compte de problèmes périodiques comme l'effet stroboscopique par exemple.
De plus, un miroir réfléchissant sur l'obturateur n'interdit nullement une seconde pale mobile.
D'un point de vue ergonomique, on notera que généralement, l'axe optique de la visée réflexe n'est pas dans le prolongement de l'axe optique, mais dans un axe parallèle, sur le côté de la caméra.

 

 

La visée réflexe par obturateur à miroir tournant sur le Caméflex (doc © P. Brard-ETE /photo: JFPB).

 

Autres visées réflexes:
Ce sont des systèmes exclusivement optiques qui consistent à prélever une faible partie du faisceau lumineux avant que celui-ci n'atteigne la pellicule:
- à l'intérieur même de l'objectif par un jeu de prismes réfléchissant. Dans ce cas ce n'est pas la caméra qui est réflexe, mais l'objectif: une caméra non réflexe peut ainsi devenir réflexe grâce à ces objectifs!
- à l'extérieur de l'objectif, c'est-à-dire entre la lentille postérieure de ce dernier et l'obturateur. Ici, une surface semi réfléchissante prélève une partie de la lumière pour la visée. Dans ce cas, c'est la caméra qui est réflexe et l'opérateur peut employer tous les objectifs disponibles pour le type d'appariel concerné. C'est le cas de la caméra Bolex Paillard H.

 

 

Remarques:

- la visée réflexe à travers l'objectif prélève de la lumière destinée à la pellicule: il faut que cette proportion soit la plus faible possible;
- l'image perçue par l'opérateur grâce à la visée réflexe est une image dont la perspective est identique à celle impressionée et est indépendante des longueurs focales utilisées;
- il n'y a pas de problème de parallaxe;
- toutefois, un viseur "clair" de côté permet plus de facilités pour la réalisation de mouvements d'appareil avec plateforme à manivelles... et:

La visée électronique:
     - permet l'utilisation des plateformes à manivelles du fait de la grande taille de l'image et donne de l'aisance à l'opérateur... et une image parfaitement identique (et de meilleure qualité que le viseur clair de côté) à celle impressionée sur la pellicule!
     - elle permet aussi la distribution d'image sur des écrans de contrôle pour le réalisateur, d'autres techniciens, etc.
3 types de visées électroniques:
     1- une image reprise directement sur un tube électronique;
     2- un viseur électronique captant optiquement l'image d'une visée réflexe par une micro-surface ou par prisme semi-réfléchissant intégré à un objectif à foyer variable (bien adapté aux caméras non réflexes par construction);
     3- système alternatif: soit la visée réflexe classique par obturateur tournant, soit la visée électronique à l'arrêt pendant l'enregistrement de la scène (au choix du caméraman).