Cinécaméras...histoires de caméras...

"Familiarise-toi avec la caméra, puisque c'est le moyen par lequel tu veux t'exprimer" Erich Pommer à Fritz Lang, 1918.

cinécaméras
cinécaméras

Technique: le moteur

Une caméra professionnelle est munie d'un moteur électrique afin de pouvoir dérouler la totalité d'un magasin à vitesse constante: le matériel doit être au service de la mise en scène, là où un amateur peut se contenter "d'imposer" à son film ses propres contraintes matérielles...

 

Le moteur humain...:
Les premières caméras étaient actionnées à la main par l'intermédiaire d'une manivelle. Ce système a perduré jusqu'à l'arrivée du cinéma "parlant".
L'alimentation électrique était rare au temps des premières prises de vues et l'action de la manivelle donne une autonomie à l'appareil: la durée de prise de vues est seulement limitée par la longueur de film dans le magasin... Généralement placée sur le côté droit, elle est sur l'arrière sur le Cinématographe Lumière ainsi que sur une caméra fort utilisée: la Pathé "Professionnel". Cette position n'est pas la plus ergonomique!

 

Moteur mécanique:
Le moteur mécanique d'une caméra dérive directement de l'horlogerie avec un ressort dont le temps de fonctionnement dépasse largement la durée d'une scène normale. Il doit comporter un régulateur. Ce type de moteur se retrouve essentiellement sur les caméras de format réduit (dit "amateur") et les caméras de reportage. Ils ne sont généralement pas démontables, ce qui n'est pas le cas des moteurs électriques. Toutefois, la plupart des modèles mécaniques ont été dotés très rapidement de moteurs électriques, soit par ajout complémentaire, soit incorporé d'origine.

 

Moteur électrique:
     1/ courant alternatif:
               moteur synchrone sur triphasé 220V: vitesse rigoureusement constante car proportionnelle à la fréquence;
               moteur asynchrone-synchronisé sur monophasé 110 ou 220V.: la mise en route est instantanée et la vitesse constante.
Ces moteurs à courant alternatif conviennent pour les tournages en studio où lorsqu'une alimentation est disponible à proximité du tournage, ainsi que pour les tournages avec son direct ou "témoin".
     2/ courant continu:
               un rhéostat fait varier l'alimentation, donc la vitesse; ce type de moteur est très utilisé pour les effets spéciaux et les applications scientifiques. La mise en route n'est pas instantanée et la vitesse doit être contrôlée par un tachymètre.
Des moteurs ont été conçus aussi pour travailler avec batteries ou accumulateurs (souvent 24V.) pour les endroits où on ne dispose pas de source électrique.

 

 

                       Moteur électrique de Mitchell 16mm dans sa boite de transport (photo: © JFPB)

 

 

Interfaces esthétiques

 

L'entraînement du film par un moteur mécanique ou électrique a une incidence directe sur la durée de prise de vues; c'est-à-dire sur la durée du plan où de la scène.

 

- L'entraînement à la main par la manivelle ne connaît comme limite que la quantité de pellicule disponible dans le magasin... et la capacité physique de l'opérateur de tenir une cadence régulière sur une longue durée!

Dans ce cas, pourquoi ne pas concevoir un magasin de très grande capacité (2000, voire 3000 mètres!)? Outre l'encombrement très important, il serait très difficile d'entraîner une telle quantité de pellicule avec une parfaite régularité. Le poids de la pellicule (et en conséquence son inertie) est bien évidemment un obstacle majeur.

La marche avant à la manivelle peut s'utiliser pour obtenir un effet d'ultra accéléré par exemple, si la caméra ne possède pas un choix important de cadences rapides.

 

- Le moteur mécanique à ressort (comme ceux d'horlogerie) limite la durée de prise de vues à la capacité du ressort: le temps de fonctionnement de celui-ci dépasse généralement la durée d'une scène normale. A condition de ne pas oublier de remonter à fond le ressort! Les caméras à moteur à ressort étaient très utilisées en actualités et pour filmer le sport.

 

- Le moteur électrique permet une longueur de scène illimitée et sans coupure. Comme avec la manivelle, la durée de prise de vues se limite à la capacité du magasin. Comme on vient de le préciser plus haut, il n'y a pas eu de magasin qui permettait de faire une prise de vues de 90 minutes par exemple, soit la longueur d'un film "commercial".

Alors comment Alfred Hitchcock a-t-il pu réaliser La Corde (Rope, 1948)? Ce film est réputé pour donner l'illusion d'une totale continuité de 80 minutes, alors que les magasins de la caméra avaient une capacité de prise de vues de 10 minutes envion (connu sous le terme américain de "Ten minutes takes")? Au moment du changement de magasins, il fallait user d'un artifice dans la mise en scène. Par exemple, une liaison naturelle s'obtient par un mouvement d'approche d'un comédien devant l'objectif jusqu'à le toucher créant ainsi une masse sombre. Après le changement de magasin, au démarrage de la prise de vues, le même comédien fait la manoeuvre inverse en s'éloignant de l'objectif.

 

 

Observation: il est intéressant de constater que déjà Marey avait été confronté à la longueur d'enregistrement, donc à la capacité du support. En effet, le disque de son fusil photographique ne permettait pas de prendre plus d'une douzaine d'images par seconde et ce nombre réduit d'images limitait les études des mouvements animaliers, objet de ses travaux scientifiques. En 1887, Marey utilisa des bandes souples photographiques mises au point peu de temps avant (à partir de 1865) pour son nouvel appareil:l e chronophotographe à bande souple. Marey put ainsi observer plus aisément la locomotion du cheval. La durée de prise de vues n'était plus une véritable contrainte.