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"Familiarise-toi avec la caméra, puisque c'est le moyen par lequel tu veux t'exprimer" Erich Pommer à Fritz Lang, 1918.

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Technique: l'obturateur

L’obturateur est un organe essentiel dans le dispositif technique du cinéma. Il n’est peut-être pas exagéré de le désigner comme l’organe qui fait le cinéma (celui dont on parle ici, c’est-à-dire le cinéma argentique ou analogique).

L’obturateur permet l’escamotage d’une image par une autre (aussi bien dans la caméra que dans le projecteur). Avec le numérique, ce principe d’articulation entre les photogrammes qui se suivent n’existent plus.

Par contre, il n’est pas inintéressant de souligner que dans certains jouets optiques le principe de l’obturateur tel que décrit ci-dessous et présenté dans les différentes caméras procède d’un autre principe. Par exemple, le Praxinoscope de Reynaud s’appuie sur des miroirs et les arêtes entre ces miroirs : il n’y a pas d’obturation à proprement parler. De plus, les bandes défilent en continu le principe relève plutôt de la stroboscopie.

C’est le Cinématographe Lumière qui a mis définitivement le principe de l’obturateur et du défilement intermittent comme vecteurs essentiels du cinéma (à quelques exceptions près pour des caméras à très grande vitesse où encore certaines tables de montage comme la Steenbeck).

 

L’obturateur est un disque circulaire plan constitué d’une pale opaque de 180° qui obstrue la fenêtre d’exposition au moment du déplacement de la pellicule ; l’autre partie qui laisse passer la lumière pour impressionner une image, est donc égale. Le calcul du temps d’exposition (T) est donné par la formule : T=a/v où a est l’angle d’obturation et v la vitesse angulaire en ° (360* x images impressionnées à la seconde). Si l’on juxtapose sur le disque initial un deuxième disque parfaitement identique qui puisse tourner autour du même axe, il sera possible de modifier l’ouverture de 180°, jusqu’à, éventuellement, fermeture complète du disque : c’est l’obturateur à pale variable.

 

Il existe aussi un type d’obturateur composé de 2 parties pleines et 2 parties évidées : c’est l’obturateur symétrique (sur lequel on peut adjoindre des pales mobiles le transformant ainsi en obturateur variable…). 1 tour d’obturateur symétrique impressionne 2 images et pour une même exposition d’image, l’ouverture angulaire est réduite de moitié (90°).
Pour ne pas compliquer les calculs de temps d’exposition, les constructeurs laissent les mêmes numérotations de graduations d’ouverture.

 

Sur certaines caméras amateurs, en raison de leur faible encombrement, (Motocaméra Pathé-Baby, Siemens 16, Filmo 121, Beaulieu notamment) il existe des obturateurs à volets oscillants (dits aussi à guillotine). Le mouvement de va-et-vient est obtenu par un mécanisme à bielle et plateau assez analogue à celui utilisé pour le mouvement des griffes. Parfois, on rencontre aussi un système avec 2 volets parallèles dont les mouvements sont commandés par came (cf. illustration ci-dessous). Toutefois, ceci présente l’inconvénient de ne pas avoir un temps de pose rigoureusement identique dans le bas et le haut de l’image.

 

Un autre type d’obturateur rotatif (mais à axe parallèle au plan du film) est l’obturateur à boisseau, imaginé par René Bünzli et Pierre-Victor Continsouza, simple cylindre de tôle découpé suivant deux ouvertures opposées et dont les bords d’attaque se déplacent à l’encontre l’un de l’autre (illustration ci-dessous).

 

Certains de ces obturateurs rotatifs peuvent être munis d’un petit miroir qui renvoie l’image filmée sur un verre dépoli pour la visée réflexe. La Beaulieu Réflex est dotée d’obturateur à guillotine avec miroirs réfléchissants.

 

 

 

L’obturateur à pale variable : la partie mobile est représentée en noir et la fenêtre d’exposition par le rectangle noir

(doc © P. Monier/P Montel).

 

 

Obturateur variable à pales symétriques (doc © P. Brard/ETE).

 

Obturateur à boisseau (doc © Traité encyclopédique du cinéma 1937).

 

Obturateur à volets oscillants

(doc © Traité encyclopédique du cinéma 1937).

 

Interfaces esthétiques:

L’application la plus courante de l’obturateur variable est la réalisation de fondus (à l’ouverture, à la fermeture et enchaîné): dans ce cas, il importe peu que le diaphragme soit très fermé, obstacle à la réalisation d’un fondu fermé par le diaphragme par exemple. Il va sans dire que les effets obtenus via le laboratoire ont rendu superflu ces techniques (sauf pour le cinéaste amateur). Un autre avantage permet d’obtenir des temps d’obturation plus court que le classique 1/36. Comme en photographie, une vitesse d’obturation rapide accroit la netteté de l’image. Par contre, sur des sujets en déplacement latéral par rapport à la caméra, la trop grande précision d’un mouvement donnera à la projection une décomposition saccadée. Pour obtenir l’illusion d’un mouvement continu et fluide, il faut que les images ne soient pas trop nettes

 

 

Extrait du manuel de la Parvo Debrie pour la réalisation de fondus.

 

 

Quelques précisions complémentaires à propos des fondus (ouvertures, fermetures et enchaînés):

Généralement réalisés au laboratoire (en contretypant la section du négatif original sur laquelle doit être réalisé le fondu), cela présentait des avantages et des inconvénients. Le fondu au laboratoire était plus couteux que fabriqué à la caméra, même s’il fallait parfois louer une caméra spéciale (de plus, il fallait compter du temps supplémentaire pour les réaliser).

– avantage : le négatif original n’était pas altéré et pouvait servir à d’autres opérations du même type ; le calage du fondu se faisait à l’image près (ce qui est plus difficile avec la caméra).

– inconvénient : le contretype réalisé au laboratoire donnait un négatif légèrement différent de l’original et imposait une collure. Un oeil exercé pouvait (et peut, quand on visionne encore aujourd’hui des films de ces époques) voir ces fondus de laboratoire, spécialement pour les films en couleurs.